Pour toutes celles qui devront faire une réduction embryonnaire

Cela fait longtemps que je souhaite parler de ce sujet. Mais je ne savais pas comment l’aborder. Des données scientifiques. Non, je ne suis pas médecin. Un témoignage. C’était ça mon idée. Parce que lorsqu’on est confronté à cette situation, on a besoin d’entendre les autres raconter leur expérience surtout si celle-ci est positive. Alors ce sera mon témoignage, même si j’ai du mal à parler à la première personne. Ça me semble loin, ça me semble être un court instant de ma vie, mais je me souviens de tous les détails.

On décide d’avoir un bébé. On patiente quelques mois, plusieurs mois. On prend des cachets. On fait des piqures On fait des pauses quand on en a marre de compter les jours sur le calendrier. Une dernière fois avant les éprouvettes. Et deux traits sur le test de grossesse. Une première échographie et un embryon.

1 mois, de violentes douleurs dans le ventre et du sang. 3h00 SOS médecin. On entend que c’est sûrement une fausse couche. Deuxième échographie. On est d’abord assurée. Des kystes. Puis une découverte : trois embryons. On essaye de plaisanter en se disant qu’on les appellera Riri, Fifi et Loulou. Mais on n’arrive pas à l’intégrer. On reste bloqué sur cette image de la première échographie avec un seul embryon. On prend rendez-vous dans un centre spécialisé. On n’entend pas vraiment ce que dit la gynécologue avant rendez-vous : peut-être un de moins, peut-être un de plus.

1 mois et demi, on rencontre le médecin du centre spécialisé. On le trouve compréhensif. Troisième échographie. On l’entend compter : un, deux, trois, quatre, cinq. On demande si j’ai froid : je tremble. De très grands risques de fausse couche avant trois mois. On fixe quand même un rendez-vous dans un mois. On cherche des témoignages sur la réduction embryonnaire. On remercie les filles sur les forums de discussion.

2 mois, on fatigue : anémie et baisse de tension. Encore des saignements. On voit un interne aux urgences. On doit lui montrer le dossier médical pour qu’il comprenne le chiffre cinq. Il n’a jamais fait d’échographie de grossesse multiple, pas même de jumeaux.

2 mois et demi, cinquième échographie (ou peut-être plus). On les mesure. On les observe. On les voit bouger. On confirme la décision au médecin. Il trace cinq cercles sur un papier. Il en barre quatre.

3 mois, on a rendez-vous pour l’intervention. Le risque de fausse couche est estimé à 20%. On attend, la salle est occupée : une naissance par césarienne. 16h00, première anesthésie locale dans le ventre, première injection. On ne voit pas l’écran d’échographie. Deuxième anesthésie locale dans le ventre, deuxième injection. On a chaud, on a mal à cause de la piqure d’anesthésie. On tente sans anesthésie. Terminé.

3 mois et 1 semaine, vendredi, nouvelle échographie après une semaine de repos. On stresse. On ne trouve pas tout de suite l’embryon. Quelques secondes qui durent. Et tout va bien. Lundi, on reprend le travail. Mardi, du liquide amniotique coule, du sang coule, des larmes coulent. Nouvelle interne aux urgences. Adorable, elle appelle le lendemain pour prendre des nouvelles.

4 mois, les risques sont loin. C’est une fille. Je rêve que c’est le jour de l’accouchement et que je n’ai rien à mettre dans la valise du bébé. Achat des premiers bodys.

5 mois, fin du mois d’insouciance, retard de croissance intra-utérin.

6 mois, risque d’accouchement prématuré.

8 mois, toujours en siège et elle le restera.

8 mois et demi, 11h20 première contraction. 8 mois et demi, 15h45, 2,4 kg, 45 cm, ma fille est née.

Un jour, je devrais lui raconter. Et un jour, peut-être, elle me demandera : pourquoi moi ?

9 commentaires sur “Pour toutes celles qui devront faire une réduction embryonnaire

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  1. Tu as dû vivre un véritable enfer !!! heureusement de tout ceci tu ressort le meilleur, ta petite fille qui elle est bien là :o) Je ne peux pas me mettre à ta place car je n’ai pas vécu cette douloureuse expérience mais j’imagine parfaitement l’angoisse de chaque jour que tu as du subir !

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  2. Je ne connaissais pas ce cas de figure et c’est tellement dur à lire que je ne m’imagine pas ce que ça doit être de le vivre! J’ai eu peur jusqu’à la fin, je suis ravie de voir que ta fille est bien là mais comme tu dis, pourquoi elle? Quid des autres? Difficile de vivre une naissance et un deuil en même temps. C’est un témoignage très touchant et j’espère qu’il pourra aider d’autres femmes dans le même cas.

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  3. Merci beaucoup pour tous vos commentaires.
    J’espère que mon histoire, qui se termine bien, aidera une future maman dans la même situation.
    Avant la réduction embryonnaire, j’avais discuté avec Lili rencontrée sur un forum et cela m’avait rassuré sur l’intervention et ses suites. J’ai voulu aider à mon tour.
    Très bonne soirée à toutes

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